La répression de la résistance communiste du printemps 1942

René Roulot

La « répression des menées communistes », selon la terminologie officielle est une des préoccupations essentielles du gouvernement de Vichy et de l’occupant allemand. Une première vague d’arrestations a eu lieu à Auxerre et à Sens en août et septembre 1941, à la suite de l’arrestation de Jules Brugot. Il est fusillé à Auxerre le 13 janvier 1942. Ses camarades sont transférés à Paris début mars pour y être traduits devant la Section spéciale de la Cour d’Appel de Paris. En décembre 1941 René Roulot abandonne la responsabilité politique du département de l'Yonne et est remplacé par Jean-Pierre Ringenbach (« Gaston »).

 

Il établit des contacts nombreux dans le département : à Sens avec Edouard Boigegrain, René Louis et Emilien Jacquin, à Avallon avec Maria Valtat, à Auxerre avec Robert Bailly, à Tonnerre avec Mariette et Abel Minard ainsi qu’avec Claude Aillot, à Laroche avec Emile Tabarant. 

René Louis

« Gaston » est arrêté dans l'Aube le 29 janvier 1942. La Gestapo et la police française trouvent dans son meublé la carte d’identité de Jacquin, une photographie de Charles Masson, une enveloppe à l’adresse de « Gaspard Gabriel » (Jean Creux) à Saint-Florentin ainsi que l’identité de Chollet. Jacquin, Chollet et Masson sont arrêtés le 3 et le 5 février ainsi que Jean Creux, André Varenne et Raymond Pichon de Saint-Clément. 

Charles Masson

A. Varenne sera libéré le 18 mars. R. Pichon qui est étranger à l’affaire est relâché. 

Jean Creux

Ajusteur dijonnais, condamné en juin 1941 par le Tribunal de Dijon, Jean Creux s’est évadé en juillet et est venu vivre à Saint-Florentin. Au cours de la perquisition de son domicile, des documents sont trouvés qui permettent aux services du commissaire spécial Grégoire, informés par la police française de Troyes de remonter jusqu’à Robert Bailly, arrêté le 3 février, puis à Suzanne Brisset qui lui fournissait de fausses cartes et qui est arrêtée le 12, enfin à Mme Gaudel arrêtée le 20 février et au facteur Paulin Morin. 

Emilien Jacquin

Malgré les conditions très dures de ses interrogatoires, « Gaston » ne parle pas ; ce qui n’est pas le cas de Charles Masson. Ce n’est que le 24 février, après sa condamnation à mort, que « Gaston » décide de dire aux Allemands tout ce qu’il sait de l’organisation communiste de l’Aube et de l’Yonne. 

Abel Minard

Ces aveux ont pour conséquence une terrible vague d’arrestations dans les deux départements. L’arrestation de René Roulot à Dijon le 1er mars 1942, est sans relation avec l’arrestation de Ringenbach. C’est le 5 mars qu’a lieu la plus grosse vague d’arrestations.

Emile Tabarant

Elles sont opérés par la Gestapo et les services du commissaire spécial Grégoire qui ont été requis pour l’occasion : à Migennes, Emile Tabarant et Pierre Picard, à Cheny : Albert Pillu, à Augy : Henri Nutchey (c’est une erreur, « Gaston » a dénoncé le mari d’une institutrice, et les Allemands se sont trompés d’institutrice, il s’agissait de Mme Ferry), à Tonnerre : Abel Minard et Claude Aillot, à Sens : Edouard Boigegrain et René Louis. 

Pierre Picard

Le 30 mars Marcel Ferry est arrêté à son tour et Nutchey est relâché. Le même jour, Louis François, militant communiste, est arrêté à Sens. « Gaston » est également responsable des arrestations de Roland Bouhélier, le 8 avril et d’Armande Gandon, le 5 mars. Ce sont plus de cinquante militants qui furent identifiés et « il a été possible de supprimer environ quarante membres influent du parti communiste des deux départements » écrit la Gestapo.

Claude Aillot

Les militants communistes arrêtés sont fusillés en application de la politique des otages. Le 18 avril 1942, Emilien Jacquin, Jean Creux Charles Masson et René Roulot sont fusillés à Troyes en représailles d’un attentat commis au Havre le 2 avril. Le 25 avril 1942 ce sont  Abel Minard et Pierre Picard qui sont fusillés à Auxerre, en représailles d’un attentat commis à Paris le 2 avril 1942. Le 30 avril 1942, EmileTabarant et René Louis sont fusillés à leur tour, en représailles d’un attentat commis à Moult-Argences le 16 avril 1942. Claude Aillot, Edouard Boigegrain et Marcel Ferry sont fusillés le même jour. 

Marcel Ferry

Louis François est condamné le 25 juin 1942 par le Tribunal militaire allemand de Troyes. Il est déporté en Allemagne et interné en forteresse.             « Les exécutions pour des motifs inconnus de la population ont provoqué une très vive émotion et n’ont fait qu’aggraver le ressentiment contre l’occupant » écrit le préfet dans son rapport mensuel. La violence de la répression du printemps 1942 entraîna une longue mise en sommeil de l’activité des militants communistes et retarda la mise en place effective du Front national. Ce n'est qu'à la fin de l'été que s'amorça le renouveau, suite à l'arrivée d'un nouveau responsable, Marcel Mugnier. 

Arch. Nat., Z6 NL/19510, dossier d’instruction du procès Ringenbach. –  Arch. Dép. Yonne, 1W 20 et 149W 22844. – CDrom ARORY-AERI, La Résistance dans l’Yonne, 2004. – Robert Bailly, Les feuilles tombèrent en avril, Éd. Sociales, 1977, 2e édit. 1984. – Robert Bailly, Si la Résistance m’était contée..., ANACR Yonne, 1990. – Roger Pruneau, Contribution à l’histoire du département et de la Résistance dans l’Yonne pendant la guerre 1939-1945, 2002.

Joël Drogland.

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