Il y a 80 ans, le maréchal Pétain rencontrait le maréchal Goering en gare de Saint-Florentin-Vergigny

Le maréchal Goering accueille le maréchal Pétain à sa descente de voiture, sur la place de la gare.

Le lundi 1er décembre 1941, le maréchal Pétain rencontre le maréchal Goering, représentant du Reich, en gare de Saint-Florentin-Vergigny. Cette entrevue est le fruit d’inlassables efforts effectués par le vice-président du conseil, l’amiral Darlan. Vichy cherche à relancer une politique de collaboration inaugurée à Montoire le 24 octobre 1940 et intensifiée par la signature des Protocoles de Paris le 28 mai 1941. En signant ces accords Darlan est allé très loin dans la voie de la collaboration, presque jusqu'à la co-belligérance. Cette politique de collaboration militaire a été remise en cause par les opérations militaires britanniques et gaullistes en Syrie d'une part, par l'invasion de l'URSS qui détourne Hitler définitivement de ses projets méditerranéens d'autre part. 

L'amiral Darlan (à gauche) et le maréchal Pétain aux côtés de Goering (à droite) en gare de Saint-Florentin Vergigny

 

Darlan cherche néanmoins à renouer les discussions avec le Reich pour relancer la collaboration. Pétain demande le 3 novembre à s’entretenir avec une haute personnalité allemande. L’Allemagne finit par accepter le 18 novembre. Le maréchal fait savoir le 21 novembre qu’il se rendra à « l’invitation ». Pour Vichy, c’est enfin l’ouverture tant attendue.

Pétain arrive par le train directement de Vichy à Coulanges-sur-Yonne vers onze heures. Il rejoint Auxerre en voiture, accompagné de Fernand de Brinon, délégué du gouvernement en zone occupée, du préfet Bourgeois, et du commissaire spécial Grégoire. L’entrevue est fixée vers midi, en gare de Saint-Florentin-Vergigny, dans le wagon-restaurant du train blindé du Maréchal Goering. De Tonnerre à Migennes, la voie a été bloquée et toute la ligne est gardée par un cordon ininterrompu de soldats, mitraillette en bandoulière. Sur le château d’eau qui domine la voie ferrée près de Vergigny une défense anti-aérienne a été dressée.

C’est dans une atmosphère à la fois lourde et pesante que la discussion s’engage. Elle dure trois heures. Pétain est prêt à accepter une collaboration plus poussée afin de faire de la France, un partenaire indispensable de l’Allemagne. Mais il espère en retour obtenir des concessions. Il présente un long mémorandum préparé par le chef du gouvernement Darlan et ses ministres dont les principaux points portent sur l’augmentation des retours de prisonniers, la diminution des prélèvements alimentaires et l’assouplissement des conditions de franchissement de la ligne de démarcation. Goering n’accepte pas d’entrer dans une négociation qui ferait de la France un partenaire. Il veut uniquement discuter de l’aide militaire que la France pourrait apporter à l’Afrika Korps, si Rommel devait battre en retraite jusqu’à la Tunisie. Chacun restant sur ses positions, l’entrevue est un échec total. Pétain regagne Vichy par la voie ferrée en passant par Laroche-Migennes, Auxerre et Clamecy. 

Cette rencontre dont le secret avait été bien gardé n’a pas provoqué de manifestation notable de la part de la population. Le préfet Daupeyroux qui prit ses fonctions peu après l’entrevue, note dans un rapport évoquant le bref séjour dans l’Yonne du maréchal Pétain : « qu’il est passé totalement inaperçu, la population n’ayant pas été avisée, et n’ayant eu connaissance de cette entretue que le lendemain, par la presse. » Le 3 décembre, le Bourguignon célèbre « l’événement » en consacrant sa une à l’entrevue « Je garderai toujours le souvenir de cette rencontre qui m’a fait infiniment plaisir » déclare le maréchal Pétain. Le numéro 3 de L'Yonne, organe du Rassemblement national, diffusé clandestinement en décembre 1941 par le Front national a évidemment un autre point de vue sur l’entrevue. Il dénonce la collaboration menée par Vichy. Les deux maréchaux s’étant déjà rencontrés à deux reprises, lors des obsèques du roi de Yougoslavie et de ceux du maréchal polonais Pilsudski, la manchette du journal indique ironiquement que « Pétain et Goering ne se voient qu’aux enterrements, à Saint-Florentin, c’était pour l’enterrement de la France ! ».

Le 4 décembre, le gouvernement de Vichy retire son mémorandum. Le texte continue à circuler à Berlin jusqu’à ce que Ribbentrop donne l’ordre de le classer et de l’oublier. 

Sources : Actes du Colloque du 3 décembre 2011, « L’entrevue Pétain-Goering de Saint-Florentin-Vergigny, 1er décembre 1941 », ARORY – SAHVCB, 2013.

Thierry Roblin 

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