25 septembre 1940 : les premiers sabotages dans le département.

Répression de sabotage à Arras.

Le 25 septembre 1940, le préfet Bourgeois adresse une circulaire aux maires du département de l’Yonne. Il leur fait observer que « certains actes de sabotage ont été constatés à différentes reprises, notamment des sectionnements de lignes téléphoniques installées par l’armée allemande » et les rend responsables en cas de nouveaux sabotages. Le texte de la circulaire a été soumis à l’approbation du Feldkommandant. Un mois et demi plus tôt, le 1er août 1940, le Major Hauptmann de la Kommandantur de Sens avait adressé au maire et au sous-préfet une note attirant leur attention sur le fait que « depuis la semaine dernière plusieurs cas de sabotage et des bruits antiallemands se sont produits ».

Les actes de sabotage n’ont cependant pas encore été bien nombreux et la réaction du préfet ne peut s’expliquer que par une forte pression de l’autorité occupante et une réelle crainte des menaces qui pèsent sur la population. Entre le 25 et le 30 août à La Cour-Barrée, près d’Escolives, des fils téléphoniques allemands sont coupés à plusieurs reprises et enlevés. Le 25 août 1940 à Bussy-en-Othe un câble téléphonique allemand légèrement enterré est coupé. Il s’agit du premier sabotage dans notre département. En représailles, le couvre-feu est établi, une amende de 10 000 francs est infligée à la commune qui doit en outre reconstruire une ligne aérienne à ses frais ; la surveillance de la ligne est imposée aux gendarmes français qui devront patrouiller jour et nuit. Le 31 août 1940, « le garçon de ferme Paul Frizot, domicilié à Charrey-en-Plaine (Aube) a été condamné à mort par la Cour martiale pour avoir endommagé des câbles téléphoniques de l’armée. Il a été fusillé ce matin » annonce une affiche rouge placardée à Auxerre à la porte de la Préfecture et à celle de la Mairie. Des lignes téléphoniques sont coupées le 29 octobre près de Toucy et le 14 novembre à Maligny, mais il ne s’agit pas de sabotage ; du moins est-ce la version soutenue par la gendarmerie française. 

Peut-on parler déjà d’actes de résistance ? Il s’agit d’actions isolées, d’actions spontanées et individuelles, à une époque où aucune organisation structurée n’existe encore. Il n’est pas toujours possible d’affirmer qu’il s’agit d’une action de résistance (quand les fils de cuivre sont non seulement coupés mais enlevés, on ne peut écarter l’hypothèse du vol d’une matière alors précieuse). A plusieurs reprises cependant il semble bien que ce soit le cas. On doit également observer que l’attitude des forces d’occupation s’est avérée très vite brutale. Des soldats allemands se rendent coupables de viols à cinq reprises entre le 31 août et le 21 octobre 1940 ; trois autres se rendent coupables de vol à la même époque. Le 24 septembre 1940, le maire de Sépeaux se plaint au préfet de l’Yonne que de nombreux accidents de la route soient provoqués par des véhicules allemands roulant à très vive allure et sans aucune prudence ; une victime étant d'ores et déjà à déplorer.

L’examen objectif des faits et leur mise en relation telle que le permet l’établissement d’une chronologie à l’échelle départementale semblent donc plaider pour la précocité des réactions aux dures conditions de l’occupation. A la même époque des filières s’organisent pour permettre l’évasion des prisonniers de guerre et des hommes procèdent un peu partout dans le département à des ramassages d’armes de guerre abandonnées ou perdues au cours de la débâcle. Face à la défaite et à l’occupation, le refus se traduit par les premiers actes de résistance. En novembre 1940, cet esprit de résistance ne fait aucun doute, même s’il est sans doute le fait d’une minorité.  Le 25 octobre 1940, une inscription « Nieder Hitler » (« A bas Hitler ») est visible sur le pont du chemin de fer à Joigny. Des sanctions sont prises contre la population (interdiction de circuler après 20h). Le 10 novembre 1940 à Vincelles, des « inconnus » coupent le mât qui sert aux troupes allemandes cantonnées au château à hisser le drapeau. Le 22 novembre les autorités allemandes réagissent vivement au sabotage d’un aiguillage en gare de Sens et exigent le déploiement d’un lourd dispositif de surveillance de la voie ferrée. Il s’agit en réalité d’une affabulation dont l’auteur est vite démasqué. Mais la menace a été prise au sérieux. Le 29 novembre, le commissaire aux Renseignements généraux parle de « propagande anglophile » et signale que « papillons et graffitis favorables à l’Angleterre se multiplient, tout au moins à Auxerre » ; on observe des « drapeaux anglais grossièrement dessinés et coloriés ». Le commissaire ajoute encore que « dans la masse, les tendances pro-anglaises sont en nette progression » et que « le parti de De Gaulle gagne chaque jour du terrain ». Le 11 décembre 1940, il parle de tracts « De Gaullistes ». En mars 1941, à l’occasion de la campagne des « V » lancée par la radio anglaise, un arrêté préfectoral obligera les propriétaires à nettoyer chaque matin les murs et les façades afin d’en effacer ces inscriptions, « vu la nécessité de maintenir la tranquillité et l’ordre publics ».

Sources : ADY, 1 W 36 (menées antinationales) et 1 W 95 (rapports des Renseignements généraux au préfet).

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