Origine et objectifs de l'ARORY

L’ARORY (Association pour la Recherche sur l’Occupation et la Résistance dans l’Yonne) est née en 1988 à l'initiative d’anciens résistants et déportés de l'Yonne.

Rapidement, une équipe d'enseignant chercheurs s'est constituée effectuant un travail de recherche sur la période de la Seconde Guerre mondiale.

De nombreuses publications ont ainsi été diffusées, livres, cédérom, panneaux d'exposition et le bulletin Yonne-Mémoire 1940-1944.

En complément de ses recherches historiques, l'ARORY intervient auprès des élèves pour préparer le concours national de la Résistance et de la Déportation.


 

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Les principales publications de l'ARORY

Les Mémoires de Robert Loffroy sont toujours en vente tout comme les Actes du colloque organisé fin 2014 en partenariat avec ADIAMOS. Nous contacter par courriel.


Le livre sur  la rencontre Pétain-Goering en gare de Saint-Florentin-Vergigny le 1° décembre 1941, coédition SAHVCB et l'ARORY. Un évènement de la Collaboration méconnu pourtant important sur le plan national et qui s'est passé dans l'Yonne.


Pour tout savoir sur l'Yonne pendant la Seconde guerre mondiale, commandez le livre, Un département dans la guerre, une publication Tirésias. 

 

Le cédérom, La Résistance dans l'Yonne, AERI-ARORY 

Bulletin 46 - Novembre 2021

 

 

 

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Cela s'est passé un mois de janvier dans l'Yonne

 

Il y a 80 ans, le 29 janvier 1942, la Gestapo arrêtait à Troyes le résistant communiste Jean-Pierre Ringenbach (« Gaston »))

Cette arrestation fut à l’origine d’une vague de répression de la résistance communiste au printemps 1942, dans les départements de l’Yonne et de l’Aube.

Né le 17 avril 1915 à Besançon, Jean-Pierre Ringenbach fréquenta l’école primaire jusqu’à l’âge de 12 ans, puis devint apprenti tailleur. Il travailla comme tailleur à Besançon jusqu’à son service militaire, qu’il accomplit à Besançon au 60e RI, de 1936 à 1938. En juillet 1938, il reprit son métier de tailleur jusqu’à sa mobilisation, en septembre 1939. Démobilisé en octobre 1940, il regagna Besançon et travailla chez son beau-frère dans un atelier d’horlogerie. En septembre 1932, il avait épousé Georgette Alphonsine Ramelet, dont il eut deux enfants, un garçon né en 1932 et une fille née en 1936.

Inscrit aux Jeunesses communistes à douze ans, militant depuis qu’il a quinze ans, menacé du conseil de guerre pour activité communiste, il reprit dès l’automne 1940 son activité militante. En novembre 1941, menacé d’arrestation, il dut quitter Besançon, y laissant sa femme et ses deux jeunes enfants. A Dijon, il rencontra Roland Bouhélier (« Bertrand »), inter-régional du PCF. Il devint « Gaston » et se vit confier la mission de réorganiser le parti dans les départements de l’Aube et de l’Yonne. « Bertrand » le conduisit dans l’Yonne le 1er novembre 1941. Il lui présenta René Roulot qu’il devait remplacer, et à Sens, Emilien Jacquin. La compagne de « Bertrand », « Arlette » (Armande Gandon) conduisit « Gaston » à Troyes. Le 9 novembre 1941, il s’installa dans un petit meublé à Sainte-Savine, dans la banlieue de Troyes. Il se déplaça dans les deux départements, distribua la presse et des tracts, collecta des fonds, rencontra les militants : Maria Valtat à Saint-Léger-Vauban, Robert Bailly à Auxerre, Emilien Jacquin à Sens, Abel Minard et Claude Aillot à Tonnerre, Jean Pillut à Cheny, Emile Tabarant à Laroche.

 

 

Le 29 janvier 1942, la Gestapo, à la recherche des auteurs d’un attentat commis contre le Soldatenheim de Dijon le 10 janvier, organisa une vaste opération dans la région troyenne. Assistée de la Feldgendarmerie et de la police française, elle perquisitionna 231 meublés et hôtels. « Gaston » fut surpris dans sa chambre, avant l’aube. Dans son armoire les policiers trouvèrent un appareil à dupliquer, des tracts et des journaux communistes, la carte d’identité de Jacquin, un carnet contenant des notes personnelles, la photo d’identité d’un homme vite identifié comme étant celle de Masson, militant communiste de Romilly-sur-Seine alors en fuite et recherché. Il n’y avait donc aucun doute possible sur son activité. Les Allemands surent qu’ils venaient de capturer « un chef communiste particulièrement dangereux, ennemi de l’Allemagne ». Ringenbach ne le nia pas et déclara dès son premier interrogatoire : « Je suis convaincu de la justesse de l’idée et de la doctrine communiste (…) Le peu que je sais, je ne le dirai à aucun prix (…) En aucun cas, je ne trahirai mes camarades (…) La peine capitale ne m’effraie pas » (citations extraites de documents allemands).

A Troyes, puis à Dijon, pendant trois semaines, il subit de durs interrogatoires et un simulacre d’exécution. Il ne parla pas. Les militants qui furent arrêtés pendant cette période le furent parce que les Allemands avaient pu les identifier grâce aux documents saisis. Ce fait est essentiel car dans un ouvrage paru en 1977, Les feuilles tombèrent en avril, l’ancien résistant et toujours militant du parti communiste, Robert Bailly, affirma que Ringenbach avait immédiatement trahi ses camarades. Le 19 février 1942, sans avoir parlé, Ringenbach fut condamné à mort par un Tribunal militaire allemand. Il allait être exécuté et il le savait. Quelques jours plus tard, ses tortionnaires l’autorisèrent à rédiger des lettres d’adieux à sa famille et lui affirment que ses deux frères et ses deux beaux-frères seraient prochainement fusillés comme otages. Ensuite on lui servit un repas et du vin. L’interprète affirmera au procès que « les Allemands l’ont soûlé dans sa cellule et l’ont amené à un état tel qu’il n’eut plus la force de résister à leurs manœuvres et qu’il était mûr pour les aveux ». Effet de l’alcool, des terribles souffrances endurées, de la pression psychologique ? Le lendemain matin tout bascula. « Après avoir bien réfléchi toute la nuit, j‘ai décidé de faire des révélations » déclara-t-il le 24 février 1942. « J’ai eu une faiblesse » dira-t-il à ses juges de 1945 et de 1948.

 

L’audition dura trois jours, les 24, 25 et 26 février 1942. La déposition est longue et détaillée. « Gaston » dit tout ce qu’il sait sur l’organisation communiste et sur ses militants ; il donna des noms et, quand il ne les connaissait pas, des précisions suffisantes pour les identifier. « Par suite de ses déclarations, il a été possible de supprimer environ quarante membres du parti communiste et l’organisation des deux départements » écrit la Gestapo. « Gaston » resta à la prison de Troyes jusqu’au 24 juin 1942. Sa peine de mort fut commuée en une peine de dix ans de travaux forcés. Il fut déporté à Reinbach, dans un camp où il était au régime cellulaire. Le 27 mars 1945, il fut libéré par les Américains.

A son retour en France, il se rendit chez ses parents dans le Doubs. Apprenant qu’une plainte avait été déposée contre lui, il se présenta à la gendarmerie. Un premier procès s’ouvrit devant la cour de justice de l’Aube. Il reconnut les faits, raconta les tortures qui lui avaient été infligées et précisa les conditions dans lesquelles il avait parlé. Le 14 décembre 1945, l’affaire fut classée. Libre, J.-P. Ringenbach s’installa à Pantin où il travailla comme contrôleur aux usines Kléber-Colombes, se remaria et eut une petite fille née en 1948, puis un fils né en 1956. Le 13 mai 1948, une nouvelle information fut ouverte par le tribunal militaire de Paris, consécutive à la découverte de documents allemands qui l’auraient accusé. Le juge d’instruction militaire se déclarant incompétent, c’est le parquet de la cour de justice de la Seine qui reprit l’instruction le 17 juin 1948 et enregistra les dépositions des veuves des fusillés de l’Yonne d’avril 1942. A l’issue d’un second procès, la section générale du parquet estima qu’aucune charge nouvelle n’était venue modifier la situation. Le non-lieu fut prononcé et J.-P. Ringenbach sortit libre de la prison de Fresnes le 11 octobre 1948. Il est décédé en novembre 2001.

Sources : AN, archives de la cour de justice de la Seine, Z6 NL/19510, dossier d’instruction du procès Ringenbach. AN, AJ/40/927, dossiers 398 141 G, compte-rendu des autorités allemandes. Témoignages de Robert Bailly (1982), Robert Loffroy (1982), Suzanne Paquis, née Brisset (2000). Bailly Robert, Les feuilles tombèrent en avril, éditions sociales, Montrouge, 1977, réédité en 1985, 159 pages. Bailly Robert, Si la Résistance m'était contée…, éd. ANACR-Yonne, Clamecy, 1990, 520 pages. Pruneau Roger, Contribution à l’histoire de département et de la Résistance dans l’Yonne pendant la guerre 1939-1945, 2002. Cédérom La Résistance dans l'Yonne, AERI-ARORY, 2004. C. Delasselle, J. Drogland, F. Gand, T. Roblin, J. Rolley, Un département dans la guerre. Occupation, Collaboration et Résistance dans l’Yonne, éd. Tirésias, 2007.

 

Joël Drogland.


Le prix Viannay-Défense de la France 2019 décerné à Joël Drogland

Prix Viannay-Défense de la France 2019

 

Chaque année, la presse livre l’identité des lauréats des prix littéraires. A travers ces prix, l’on souhaite que soient honorées des plumes de talent. Un prix bien moins médiatisé a été décerné ce 12 novembre 2019. En ces lignes, permettez-moi d’affirmer qu’une plume de talent et un travail rigoureux ont été, à juste titre, mis à l’honneur.

 

Joël DROGLAND, vice-président de l’ARORY, est le récipiendaire de ce prix. Gratifié du prix Philippe Viannay au Palais du Luxembourg, pour son ouvrage Du maquis du Morvan au piège de la Gestapo. André Rondenay, agent de la France libre. (Editions Vendémiaire). Ce prix est destiné à récompenser un ouvrage récent portant sur la Résistance au nazisme en France ou en Europe, n’ayant pas fait l’objet d’autre récompense. Le président du jury, Jean-Pierre AZEMA, ne s’y est pas trompé quand, dans son discours de remise du prix, il a expliqué le choix du jury. Joël DROGLAND méritait cette distinction.

 

Nous étions quelques uns de l’ARORY à assister à cette cérémonie tout à la fois solennelle et empreinte de simplicité. La présence de Claude Rondenay, fils d’André Rondenay exécuté en 1944, a coloré d’une certaine émotion les échanges autour du buffet.

 

Que Joël, qui eut surprise, émotion et fierté à l’annonce du prix, n’en gardant modestement que l’émotion ce soir du 12 novembre, et ayant voulu (je le cite) ranger sa fierté à sa juste place, soit ici récompensé de nos chaleureuses et amicales félicitations. Il a de quoi être fier !

 

Suzel ALEXANDRE.

 

Le Cercle Condorcet lui consacre un article où l'on peut trouver un lien vers le discours de Fabrice Grenard analysant le livre de Joël Drogland.

Cliquez ici aller sur le Cercle Condorcet.

 

 

 

 

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