Origine et objectifs de l'ARORY

L’ARORY (Association pour la Recherche sur l’Occupation et la Résistance dans l’Yonne) est née en 1988 à l'initiative d’anciens résistants et déportés de l'Yonne.

Rapidement, une équipe d'enseignant chercheurs s'est constituée effectuant un travail de recherche sur la période de la Seconde Guerre mondiale.

De nombreuses publications ont ainsi été diffusées, livres, cédérom, panneaux d'exposition et le bulletin Yonne-Mémoire 1940-1944.

En complément de ses recherches historiques, l'ARORY intervient auprès des élèves pour préparer le concours national de la Résistance et de la Déportation.

Enfin l'ARORY organise, anime des conférences... et inaugure les premiers chemins de la Résistance de l'Yonne !

 

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Les principales publications de l'ARORY

Les Mémoires de Robert Loffroy sont toujours en vente tout comme les Actes du colloque organisé fin 2014 en partenariat avec ADIAMOS. Nous contacter par courriel.


Le livre sur  la rencontre Pétain-Goering en gare de Saint-Florentin-Vergigny le 1° décembre 1941, coédition SAHVCB et l'ARORY. Un évènement de la Collaboration méconnu pourtant important sur le plan national et qui s'est passé dans l'Yonne.


Pour tout savoir sur l'Yonne pendant la Seconde guerre mondiale, commandez le livre, Un département dans la guerre, une publication Tirésias. 

 

Le cédérom, La Résistance dans l'Yonne, AERI-ARORY 

Cela s'est passé un mois de février dans l'Yonne

 

24 février 1944 : troisième rafle de juifs dans le département de l'Yonne

Le chef de la Gestapo à Auxerre dicte au préfet de l’Yonne les modalités d’arrestation des Juifs (Arch. Dép. de l’Yonne, 1W 161)

L’antisémitisme des milieux dirigeants du régime de Vichy se traduit très tôt par des mesures d’exclusion qui ne sont nullement imposées par l’occupant. Dès septembre 1940, le recensement des juifs du département est effectué. Un statut des juifs est promulgué à Vichy le 3 octobre 1940 et un second statut, plus discriminatoire encore, le remplace le 2 juin 1941. Désormais « l’accès et l’exercice des fonctions publiques, notamment comme membre des corps enseignants sont interdits aux juifs ». Progressivement leur liberté est limitée : ils ne peuvent plus déménager sans prévenir le commissariat de police, posséder un poste de radio, posséder une bicyclette, utiliser leur téléphone. Une note envoyée le 28 avril 1941 par le délégué du ministère de l’intérieur au préfet, rappelle la loi du 4 octobre 1940 sur les Israélites étrangers et lui demande d’en « sanctionner le principe en procédant dès maintenant à l’internement de quelques Israëlites étrangers à choisir parmi ceux qui sont connus pour leur attitude contraire aux intérêts du pays ou qui se sont introduits illégalement en France (…), ou encore dont l’absence de ressources les place en surnombre de l’économie nationale ».

C’est donc comme une mesure qui en parachève beaucoup d’autres que paraît l’ordonnance du 29 mai 1942 sur le port de l’étoile jaune. Elle précède de peu dans l’Yonne la première rafle de juifs. Au printemps et à l‘été 1942, le chef du gouvernement, Pierre Laval, et son secrétaire général à la Police, René Bousquet, négocient avec Heydrich, le représentant de Himmler, et Karl Oberg, le chef des SS et de la police pour la France, la participation de la France de Vichy à la déportation des juifs de France, s’inscrivant ainsi dans le cadre européen de la « Solution finale » décidée à la conférence de Wannsee par les autorités nazies, le 20 janvier 1942.

Dans l’Yonne la première rafle vise les juifs étrangers. Elle a lieu les 12 et 13 juillet 1942. 43 Juifs étrangers sont arrêtés le 12 juillet 1942, pour la plupart Polonais. La liste des personnes à arrêter comptait 44 noms, l'un d'eux était absent à son domicile. 42 sont transférés au camp de Pithiviers par les « Rapides de Bourgogne » ; une femme reste hospitalisée à Auxerre pour tuberculose. Les travaux de S. Klarsfeld permettent de penser que les juifs arrêtés par l’administration française furent acheminés à Auschwitz dans le convoi n°6 qui quitta Pithiviers le 19 juillet avec 928 personnes. Il n’y eut que 45 survivants.

Une seconde rafle touche 37 juifs étrangers qui sont arrêtés le 8 octobre 1942. Ils sont acheminés sur Drancy par le train avec une escorte de douze gendarmes, le 11 octobre. Ces 37 personnes firent partie de l’un des quatre convois partis en novembre pour Auschwitz. Il s’agit très vraisemblablement du convoi n°42, qui quitta Le Bourget Drancy le 6 novembre avec 1000 personnes. Il arriva à Auschwitz le 8 novembre. Il n’y eut que quatre survivants.

Le 27 novembre 1942 deux Juifs sont extraits de la prison de l'Armée à Auxerre et transférés à Drancy. Le 28 octobre 1943, six Juifs sont arrêtés. Trois sont transférés à Drancy. La rafle de février 1944 est la plus importante.

Le 23 février 1944, l’Intendance de Police de la Préfecture Régionale de Dijon adresse au préfet de l’Yonne une copie d’une lettre de la Sicherheitspolizei, demandant l'arrestation et le transfert à Drancy de 58 juifs dans le département de l’Yonne. Les ordres sont impératifs, les Allemands sont pressés et les autorités françaises doivent faire preuve de détermination et d’efficacité : « En raison de l'urgence, je donne, par ce même courrier des instructions aux Commissaires de Police et aux Commandants de Gendarmerie de votre département, en vue de faire procéder aux arrestations, qui devront être entièrement effectuées au cours de la journée du 24 février 1944 ou dans la journée de réception du présent ordre. (...) Je vous serais obligé de vouloir bien prendre toutes dispositions utiles pour que, dès réception de la présente note, un lieu de rassemblement soit prévu aux endroits indiqués par la note allemande, où seront hébergés les individus arrêtés (...) Vous voudrez bien (...) les faire transférer au camp de concentration de Drancy avec le concours de la Police et de la Gendarmerie de votre département. »

Froideur bureaucratique du processus de persécution (Arch. Dép. de l’Yonne, 1W 161)

Comme les deux fois précédentes, la machine administrative et répressive de l’Etat français se met en route. Le 24 février 1944, le commissaire de Police de Sens rend fièrement compte au préfet : « (…) Ce matin, à 7h, j'ai procédé à l'ouverture du pli que vous m'avez fait parvenir hier soir. J'ai immédiatement donné des instructions pour que l'on prévienne à leur domicile mes quatre inspecteurs. Avec quatre gardiens se trouvant au commissariat, j'ai formé quatre équipes avec consignes précises d'assister à la préparation des personnes et la conduite, sous bonne garde, à la Maison d'Arrêt de Sens. L'opération a été commencée à 8h. Les heures d'arrivée à la maison d'Arrêt des personnes désignées par vos instructions sont les suivantes : Goldstein Jonas : 9h 15 ; époux Jacob : 9h 20 ; Mme Jalmain : 9h 25 ; Mme Weinstein : 9h 40. Les clés des appartements des époux Jacob et Mme Jalmain ont été déposées à la Mairie de Sens et les Juges de Paix compétents ont été invités à poser les scellés conservatoires. »

A Fouchères, hameau du Petit Paris, les gendarmes arrêtent la famille Sebag : Jules, professeur de mathématiques au lycée de Sens, son épouse Andrée et sa belle-mère. Leur fils Fernand, âgé de cinq ans est absent et n'est pas arrêté. Un témoignage de Mme Renet-Varet rédigé après la Libération nous apprend que c'est en réalité la bienveillance du brigadier de gendarmerie qui a permis au jeune Fernand de ne pas être arrêté.

A Courlon, la famille Avram, prévenue la veille, a disparu. Jean Avram, médecin âgé de 37 ans, sa femme Evelyne et leurs fils Claude âgé de cinq ans étaient sur la liste des juifs à arrêter. Quand les gendarmes de Sergines se présentent le 24 février à 8h 45 au domicile de la famille « toutes les issues étaient fermées à clé et les clés n'ont pu être trouvées au cours de nos investigations (…) Des premiers renseignements recueillis sur-le-champ, il semble ressortir que les trois membres de la famille Avram ont quitté clandestinement leur domicile pour une destination inconnue au cours de la nuit du 23 au 24, soit pendant la soirée du 23, soit pendant la matinée du 24 de bonne heure ».

A Busssy-en-Othe, la famille Lévy n’a pas eu cette chance. Jules, ex-négociant et son épouse Mathilde ainsi que leurs enfants Simone (treize ans) et André (22 ans) ont été « remis par la Feldgendarmerie entre les mains de la Gendarmerie française, le 24-4-1944 à 10h. Clefs remises au maire de Bussy-en-Othe. Scellés apposés par le garde-champêtre de la commune ».

A la ferme-abbaye de Vauluisant (commune de Courgenay) on arrête la famille Javal. Né en 1873, le docteur Adolphe Javal, spécialiste en chimie biologique est le descendant d'une illustre famille. Son arrière-grand-père, son grand-père et son père ont été des pionniers de la révolution industrielle, des chemins de fer, de l'agronomie, de la science et de la médecine. Son frère, son père et son grand-père ont aussi été des conseillers généraux et des députés de l’Yonne, libéraux, républicains puis radicaux. Adolphe habite avec sa famille à la ferme de Vauluisant acquise par son aïeul au milieu de XIXème siècle et devenue par les soins de cet aïeul une ferme modèle et un centre d’innovation agronomique. La gendarmerie arrête sa femme, Mathilde Javal, née le 20 décembre 1877 et sa fille, Isabelle Javal, née le 6 septembre 1919. Elles sont toutes deux emprisonnées à Sens et transférées ensuite à Drancy. Agé de soixante-dix ans, Adolphe Javal est infirme : «  (…) Il est incapable d'être transporté. En conséquence, il n'a pu être mis en état d'arrestation (…) M. Javal A., restant au domicile, qu'il occupait conjointement avec sa femme et sa fille, la fermeture des portes et la pose des scellés, ne s'imposent pas, en ce qui concerne les logements occupés par ces deux dernières personnes arrêtées. » Adolphe Javal fut néanmoins déporté. La propriété de Vauluisant fait partie des biens immobiliers soumis aux lois d’aryanisation.

Les juifs arrêtés lors de cette rafle font très vraisemblablement partie du convoi n°69 qui quitte Paris Bobigny pour Auschwitz, le 7 mars 1944 avec 1501 personnes. Il n’y eut que 34 survivants.

Sources : Archives nationales, 72 AJ 208. Archives départementales de l’Yonne, 1 W 161.  Jean Rolley, La déportation des juifs de l’Yonne, Yonne Mémoire n°25, 2011. La Résistance dans l’Yonne, cédérom AERI-ARORY, 2004. Klarsfeld Serge, Le calendrier de la déportation des Juifs de France 1940-1944, Vesoul, édition FFDJF, 1993, 1264p.

 

Joël Drogland.


Yonne Mémoire

 

 

 

 

Le bulletin 44 de Yonne Mémoire est disponible.

 

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Le prix Viannay-Défense de la France 2019 décerné à Joël Drogland

Prix Viannay-Défense de la France 2019

 

Chaque année, la presse livre l’identité des lauréats des prix littéraires. A travers ces prix, l’on souhaite que soient honorées des plumes de talent. Un prix bien moins médiatisé a été décerné ce 12 novembre 2019. En ces lignes, permettez-moi d’affirmer qu’une plume de talent et un travail rigoureux ont été, à juste titre, mis à l’honneur.

 

Joël DROGLAND, vice-président de l’ARORY, est le récipiendaire de ce prix. Gratifié du prix Philippe Viannay au Palais du Luxembourg, pour son ouvrage Du maquis du Morvan au piège de la Gestapo. André Rondenay, agent de la France libre. (Editions Vendémiaire). Ce prix est destiné à récompenser un ouvrage récent portant sur la Résistance au nazisme en France ou en Europe, n’ayant pas fait l’objet d’autre récompense. Le président du jury, Jean-Pierre AZEMA, ne s’y est pas trompé quand, dans son discours de remise du prix, il a expliqué le choix du jury. Joël DROGLAND méritait cette distinction.

 

Nous étions quelques uns de l’ARORY à assister à cette cérémonie tout à la fois solennelle et empreinte de simplicité. La présence de Claude Rondenay, fils d’André Rondenay exécuté en 1944, a coloré d’une certaine émotion les échanges autour du buffet.

 

Que Joël, qui eut surprise, émotion et fierté à l’annonce du prix, n’en gardant modestement que l’émotion ce soir du 12 novembre, et ayant voulu (je le cite) ranger sa fierté à sa juste place, soit ici récompensé de nos chaleureuses et amicales félicitations. Il a de quoi être fier !

 

Suzel ALEXANDRE.

 

Le Cercle Condorcet lui consacre un article où l'on peut trouver un lien vers le discours de Fabrice Grenard analysant le livre de Joël Drogland.

Cliquez ici aller sur le Cercle Condorcet.

 

 

 

 

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